mercredi 27 novembre 2013

Le développement durable, c'est l'éducation populaire du 21è siècle

Il est urgent de sauver l’Homme de ses dérives et de ses turpitudes, sinon la planète va le laisser tomber.
Il faut sauver la Planète, notre « Terre- patrie », car elle est menacée par la folie des Hommes. Ce ne sont plus des « fantasmes d’écologistes » ou des visions de quelques catastrophistes ignorants, mais des alertes de plus en plus fortes de scientifiques du monde entier. L’émergence de nouvelles puissances (la Chine, l’Inde, le Brésil,…/…) qui suivent le « modèle » des pays dits « développés » ne fait qu’accélérer le processus de dégradation de notre biosphère, d’épuisement des ressources, de perturbation du climat et d’accentuation du fossé avec le monde des pauvres et des exclus. Pourtant tous ces pays et ces peuples ont un droit légitime à accéder enfin à leur propre développement.


Le sauvetage de la planète est-il en cours ? Il est clair que des initiatives et des actions engagées ici et là dans le monde, sont exemplaires et encourageantes, mais elles ne sont ni à la hauteur des défis connus, ni des moyens qu’exigent l’urgence et l’importance des enjeux. Au niveau des responsables politiques et économiques, on peut appliquer la phrase «  la maison brûle… et ils regardent ailleurs ! » .Ils font comme si de rien n’était, comme si « on avait bien le temps », comme si « la main invisible du marché » allait apporter la solution, à moins que ce ne soit la main divine…!...Hélas ! Le temps joue contre nous, et comme le disait il y a plus de trente ans René Dubos «  la Terre a besoin des Hommes ! » pour que les Hommes puissent continuer à vivre sur la Terre.
Il faut sauver l’Homme de ses dérives et de ses turpitudes, de l’égoïsme aveugle, de stratégies à court terme qui produisent du profit pour aujourd’hui et des catastrophes humaines et écologiques, technologiques et financières pour demain. Ce ne sont plus les exemples qui manquent. Pourtant partout  « on fait l’autruche » !


Faut-il miser sur la démocratie représentative, si souvent « mal en point », en comptant sur le sursaut des électeurs ? Oui bien sûr, mais la crise politique et démocratique est profonde, et nos élus majoritairement peu motivés et mal préparés nous proposent des décisions incertaines et longues à venir.

Faut-il aller vers une « dictature douce » ? (Hans Jonas – Principe responsabilité) qui propose de confier les décisions essentielles à un groupe de scientifiques et de sages, pour préserver les intérêts moraux et matériels des Générations Futures. Non, c’est impensable ! mais le défi de l’efficacité démocratique est bien à l’épreuve.

Faut-il faire la révolution ? quand on connaît les résultats des révolutions passées..  On peut lire dans « le Prince » de Machiavel : « si tu veux éviter la révolution, mon Prince, fais-la ! » Mais la véritable révolution, celle qui ferait faire un saut en avant, elle est moins technologique et financière, que culturelle et citoyenne…

Faut-il tout simplement commencer par se changer soi-même ? pour contribuer à changer l’humanité, et par conséquent sauver la Planète . Faire chacun notre propre révolution, en changeant nos comportements et nos habitudes de vie, nos modes de penser et d’agir ( la pire des pollutions c’est celle de l’esprit). Mais aussi en utilisant notre bulletin de vote à chaque élection pour choisir nos responsables politiques, et chaque jour notre bulletin de vote économique et citoyen avec nos achats, pour choisir nos responsables économiques !

Faut-il miser sur l’éducation ? dont le retour sur investissement n’est pas du court terme, mais pour le moins du moyen terme ou du long terme, alors qu’il y a « urgence écologique » ! C’est cependant la seule voie possible et efficace pour engager le changement des logiques actuelles et créer le terreau d’une nouvelle culture pour les peuples du 21è siècle.

Mes maîtres m’ont enseigné à l’Ecole Normale d’Instituteurs, « Il y a éducation quand l’individu est parvenu à se construire »… admirable programme pour la deuxième moitié du 20è siècle! mais quels sont les fondamentaux de la construction de la personne humaine du 21è siècle ? Bien sûr, ceux qui se sont forgés au fil des siècles, depuis les civilisations anciennes, méditerranéennes en particulier, dont nous sommes les héritiers, puis du siècle des lumières et de notre révolution, puis des Institutions issues de l’après guerre avec la déclaration universelle des droits de l’Homme, la charte européenne des droits fondamentaux, la déclaration sur l’accès aux services essentiels. Il fallait refonder le socle des démocraties, sur les valeurs de liberté et d’accès aux droits sociaux et économiques, tout en engageant la reconstruction du Pays. Le rôle de l’école et des mouvements d’éducation populaire imaginés et conçus dans les maquis de la résistance (*), ont été des instruments déterminants pour cela.

Mais la fin du vingtième siècle a fait surgir des défis nouveaux dont l’importance grandissante bouscule totalement les cadres de références et les logiques anciennes : Une croissance démographique sans précédent de 3 milliards à 6 milliards en 50 ans qui creuse le fossé entre pays riches et pauvres ; une croissance économique exponentielle qui épuise les ressources et dégrade gravement nos écosystèmes indispensables pour vivre ; le boomerang du réchauffement de la planète avec les drames et les coûts du changement climatique qui continue de s’aggraver; une bulle financière et spéculative qui finit par éclater et menace gravement l’économie réelle ; une économie souterraine et maffieuse sans contrôle ( un tiers de l’économie mondiale) active principalement sur la drogue, l’armement et le terrorisme ; des guerres ethniques, de l’énergie, de l’eau et des émeutes de la faim…sans oublier les risques du nucléaire, des manipulations génétiques, des bio et nanotechnologies…
Le développement durable a le redoutable et incontournable devoir, de s’attaquer à toutes ces dérives qui menacent, et d’engager « les changements nécessaires en rupture avec nos schémas anciens et familiers » (Changer de Cap. 1990) ! Pour cela toute action d’éducation, qui veut contribuer à la construction de la personne humaine du 21è siècle, doit intégrer les fondamentaux et les valeurs qui pourront permettre de relever ces nouveaux défis.
L'éducation exerce une fonction centrale peu visible à priori, qui constitue l’essentiel du « retour sur investissement » : éviter des coûts sociaux, écologiques et économiques à moyen et long terme. C'est bien là sa plus grande difficulté: les coûts évités dans 20 ou 50 ans et plus, ça ne mobilise pas grand monde aujourd'hui, et encore moins les budgets! Et pourtant cette éthique du futur s'impose à nous, sous peine de perdre notre humanité.
L’éducation, doit intégrer pleinement l’urgence écologique, non seulement dans les programmes d’enseignement, mais dans toutes les formes d’éducation civique, sociale, économique, culturelle, pour répondre à l’exigence éthique du futur et « aux besoins du présent, en particulier des populations les plus démunies à qui il convient d’accorder la plus grande priorité » (citation RIO, définition du développement durable). L'éducation ne nous dit pas « Voilà ce qu'il faut faire », elle nous dit « Voilà les outils pour vous permettre de décider ce que vous voulez faire et comment ».
L’éducation pour un développement durable s’inscrit bien dans toutes les disciplines des programmes d’instruction, mais aussi dans tous les compartiments de l’activité humaine, pour une écologie sociale, une économie solidaire, et un bien être physique, psychique et moral, dans la paix .L’éducation pour un développement durable c’est le terreau vers une nouvelle culture pour les peuples du 21è siècle.
Je donnerai ici trois exemples dans des domaines essentiels, qui proposent un renouvellement d’actions innovantes en prise directe avec les besoins réels :

1. L’Ecole peut et doit renouer avec une grande ambition : l’école a été le creuset des valeurs de la République au 20è siècle. Elle a aussi été un acteur essentiel, avec les communes et les villages, dans la connaissance de l’histoire sociale locale et l’inventaire des richesses patrimoniales et architecturales, grâce une multitude de « monographies » faites par et avec les élèves, les institutrices et instituteurs.
Aujourd’hui, l’enjeu central est que l’être humain réintègre l’écosystème du Vivant dont il est partie prenante, mais dont il est seul à disposer de la faculté de créer, de la conscience et de la responsabilité. Aussi la claire conscience de la responsabilité de l’Homme pour respecter et protéger la diversité du Vivant dont il fait partie, implique de développer sa connaissance : la reprise de formes de « monographies du Vivant » réalisées dans les écoles, avec les outils technologiques d’aujourd’hui, sur la diversité de la faune et de la flore de nos territoires, pourra contribuer à réconcilier l’être humain avec son milieu ; un deuxième objectif complémentaire simple serait de créer au moins «  10m2 de potager par classe » dans chaque école et d’engager une démarche pédagogique innovante sur l’alimentation comme « la fête des plats nets ». Tous les acteurs et partenaires de l’école y seront associés (*2). Belle aventure pour une belle ambition! Et belle occasion d'un large partenariat productif de valeurs et de sens, dans la coopération, la simplicité et la bonne humeur.

2. Développer une action d’écologie sociale et citoyenne : réponse concrète et globale à la précarité énergétique qui touche près d’un quart de la population dans notre pays dit riche ( 5è puissance mondiale) par le constat des impayés d’électricité, gaz et énergie, et eau, et le non accès à ces services essentiels pour certains. Cela s’ajoute à la précarité de l’emploi, du logement, de la santé, de l’alimentation, des loisirs et de la culture, du lien social.
L’écologie sociale et citoyenne, c’est l’intégration de la dimension écologique dans la formation et l'activité professionnelle des travailleurs sociaux, animateurs socio-éducatifs et culturels, pour une éducation citoyenne pour touts mais particulièrement vers les familles en difficulté, qui permette d’apporter une réponse globale « économique / écologique / sociale » aux problèmes de la vie quotidienne des gens : électricité, chauffage, eau, déchets, achats alimentaires et ménagers, hygiène d’habitat, déplacements, loisirs et culture, …etc…
C’est en même temps la création d’un nouveau métier « Agent médiateur en écologie sociale », pour travailler aussi bien dans les collectivités, les bailleurs sociaux, les co-propriétés, les Espaces Info-Energie du réseau ADEME, les centres sociaux et culturels, les lieux d’accueil pour familles,… (voir www.solicites.org  ). C'est, à peu de chose près, le même métier que les «  conseillers d'éducation populaire » imaginés dans les années 60, mais qui intègre aujourd’hui l’urgence sociale, écologique et économique, et les ruptures du lien civique et social.
Nous sommes en présence d’une éducation au développement durable, en prise directe avec les besoins du présent, en particulier des populations les plus démunies.

3. Pour une économie solidaire, avec un réseau « SOL » monnaie complémentaire : cela concerne bien sûr les structures d’économie sociale et solidaire à but non lucratif, dans des statuts le plus souvent associatifs et coopératifs, dont le fonctionnement en réseau permettra le développement des activités et de l’emploi. Mais cela concerne aussi toutes les entreprises, quel qu’en soit le statut : quelle entreprise peut se déclarer non solidaire des enjeux écologiques et humains qui sont devant nous ? quelle entreprise peut encore ne pas assumer sa part d’efforts et de responsabilité face à ces défis au risque de se perdre elle même? L’éducation pour un développement durable, c’est aussi la construction progressive d’une nouvelle définition de l’entreprise, plus solidaire, plus citoyenne, plus responsable tout simplement, comme l’indique la démarche de RSE : responsabilité sociétale de l’entreprise. Cette éducation là s’adresse aux dirigeants, aux cadres et aux salariés, aux syndicalistes, aux actionnaires, et à tous les consom’acteurs ! Pour les petites entreprises c’est autant leur survie qui est en cause, que leur intégration solidaire sur leurs territoires d’implantation. Chaque entreprise de l'économie réelle est amenée à devenir sociale et solidaire, économique et équitable, écologique et éthique, bref responsable, sous peine de disparaître sous le risque de réputation et des réglementations.
Nous proposons de créer un « Réseau d’entreprises volontaires et solidaires » avec un creuset de valeurs communes, qui adoptent la monnaie complémentaire « SOL », un instrument d’échanges qui traduise et développe ces valeurs dans les actions, comportements et gestes des citoyens :
Un réseau « SOL » est un extraordinaire outil d’éducation au développement durable, pour se réapproprier aussi la dimension monétaire de l'économie et des échanges : solidarité, éthique, équité, écologie, civisme, paix et culture. En cela c'est une action novatrice d'éducation populaire.

Vers un bien être physique, psychique et moral, dans la paix c’est la finalité que l’on peut formuler pour tout être humain : l’éducation permet d’accéder à l’autonomie et à la relation sociale ; la santé permet une vie productive et saine ; les deux permettent d’envisager l’épanouissement et le bien être, dans l’amour, l’humour et la bonne humeur, clés incontournables pour construire un futur désirable.
Quelle belle utopie ! Et pourquoi ne pas oser ? Parce que ce serait trop difficile ? Ecoutez Sénèque :

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on n’ose pas, c’est parce qu’on n’ose pas que les choses sont difficiles ».

En fait il vous est proposé de troquer «l’objectif de  l’AVOIR les uns contre les autres », pour « l’objectif du BIEN ETRE les uns avec les autres », et pour cela d’avoir la grande humilité d’une immense ambition : la rencontre des Hommes et des Femmes de volonté, pour que l'éducation pour un développement durable, devienne l’éducation populaire du 21è siècle.

Michel Mombrun

*1. Après 1940, face à la menace nazie et la perte de nos libertés, des hommes et des femmes de France et du monde se sont retrouvés, au-delà de leurs différences, pour sauver l’essentiel, la liberté : Bénigno Caceres, charpentier, émigré républicain espagnol, l’un des fondateurs du mouvement « Peuple et Culture » écrivait alors, ce beau livre « la rencontre des Hommes » à propos de la résistance dans le Vercors qui a fait naître à la libération des mouvements d’éducation populaire comme « Peuple et Culture ». Aujourd’hui, il s’agit de sauver la vie, de sauver l’humanité. Peut- être convient-il de renouer avec la démarche de nos Pères et reprendre le chemin de « la rencontre des Hommes » de volonté .

*2. Un projet pédagogique innovant et original d’éducation au développement durable est proposé par SoliCités en Essonne : « la Fête des plats nets ». Sur l’objectif d’organiser un repas festif en fin d’année, la démarche propose de passer en revue 15 thèmes liés à l’alimentation et l’agriculture…/…en associant tous les partenaires de l’établissement et de la commune sur un, deux ou trois trimestres..

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